Un peu poussiéreux, ce blog, depuis que je ne l'ai pas ouvert. Les jours se suivent, s'agglomèrent pour former des semaines, qui elles mêmes forment des mois, et le temps passe, et je ne le vois pas passer... C'en est parfois insupportable, cette course effrénée.

Dernier post, le 26 mai, pour un 366 du 11 mai. Reprendre à la date à laquelle je m'étais arrêtée serait ridicule, voire vain. Je me tâte. je laisse tomber ? Je rattrape le temps perdu au moyen, une nouvelle fois de mon agenda ? Je repars à la date d'aujourd'hui ?
Je ne sais pas.

Une expérience que je voulais noter sur ce blog.

Dimanche dernier, un décès, mais sans être une habitude, ce n'est pas un fait exceptionnel dans mon métier. Ce mercredi matin, obsèques.

Alors certes, je suis fatiguée, et donc, borderline côté émotions, qu'elles soient bonnes ou mauvaise.

Une résidente beaucoup plus jeune que la moyenne d'âge. Une résidente entrée depuis peu de temps, deux mois. Un lien particulier avec cette famille, son fils fut l'instit' du mien, et un très bon instit. En dehors de ça ? Rien. Aucun lien particulier, juste peut être un amour qui transpire entre cette dame et son mari. "Mon Poulet", s'appelaient-ils...

Des obsèques ? Sans être une habitude, c'est fréquent. Je ne suis jamais insensible, évidemment, jamais, impossible, mais je gère mes émotions comme une grande d'ordinaire.

Et pourtant...

Là, je n'ai rien géré. En arrivant sur le parking et en voyant tout ce monde, j'ai ressenti un drôle de truc du côté de ma lèvre supérieure, côté gauche, siège des émotions intenses manifestement.

Le corbillard est arrivé, mon oeil gauche a commencé à se brouiller, suivi très vite par le droit. J'ai réussi à réprimer deux grosses larmes, ouf !

L'instit de CP de mon Ado est arrivée et m'a saluée. Son instit de CE2, fille de l'une de nos résidentes, est également venue me saluer. Impossible de retenir mes larmes, j'étais ridicule, et ne l'assumais pas du tout. J'ai donc décidé de me botter le cul, de sécher mes larmes et de passer à autre chose. Borrrdeellll !!! Je la connaissais à peine cette résidente, ohhhh !!! TU ES I-CI EN TANT QUE PRO-FES-SION-NELLE on te dit !!!!! PROFESSIONNELLE !!

On entre dans l'église : Les cloches sonnent des Compagnons de la chanson ont réveillé la larme tapie dans mon oeil gauche. Les Compagnons de la chanson, pensez, mon père était fan... L'oeil droit n'a pas tardé à rattraper le gauche.
Merde, pas de mouchoir, voilà le comble !
Ah si, en voilà un, pourri au fond du sac, mais mieux valait ça que le revers de mon imper quand même.

La cérémonie des lumières, je les vois, tous les quatre, se suivent en se soutenant, ça y est, je repleure à chaudes larmes. Mais merde !!! C'est quoi ? Trop longtemps que je n'aie pas pleuré ? Y'a un stock à écouler ou quoi ???

Je commence à penser à mon Amoureux, à des moments tendres, à des moments gais. Me changer les idées, absolument, faire abstraction de ce que je suis en train de vivre. Je suis ici EN TANT QUE PRO-FES-SION-NELLE !!!!! PROFESSIONNELLE !!

Les trois petites filles entonnent d'une même voix la chanson de Jean Louis Aubert "on aime comme on a été aimé..." Ca re-déborde, et je re-renifle (y'a belle lune que le bout de mouchoir est trempé). Je lâche les vannes, je ne peux plus les retenir. Et je fais un flash back sur ma vie. Je ne sais même plus pourquoi je pleure... mais je sais que je ne peux plus rien y faire.

Je finis la cérémonie les yeux explosés et le nez en soupière. En montant m'incliner devant le cercueil, j'entends murmurer "c'est la directrice". Je souris d'un regard triste, et brouillé de larmes. Je ne me suis jamais sentie aussi mal à des obsèques. Jamais. J'ai dû passer pour une nana plus que perturbée.

J'ai passé le reste de la journée à tenter de comprendre pourquoi. J'ai passé le lendemain à disséquer le pourquoi du comment, et puis le soir, après en avoir longuement parlé avec Alexandre, celui-ci m'a juste dit qu'il ne m'avait encore jamais vue épuisée au point où je l'étais, d'arrêter de disséquer, et d'attendre mes vacances, que ça irait mieux après. Je me suis contentée de cette explication, il s'est jeté sur moi, nous avons sombré dans le stupre et la fornication, et finalement, ça allait beaucoup mieux après, je ne me posais plus de questions. Lorsque nos bras se sont retrouvés vers 5 heures du mat', bien qu'ayant à peine dormi, j'étais bien, sereine, et toute cette histoire m'était sorti de la tête... enfin !

L'avantage de ces nuits avec ce travailleur acharné, c'est que je me lève tôt et donc arrive très tôt au bureau. Dès 8 heures, l'époux de cette Dame était dans mon bureau. Ma première pensée a été de me dire "ah nooooon, putain, 48 heures que ça tournait en boucle dans ma tête, c'en était enfin sorti, pourvu que ça ne recommence pas...."

Je l'ai reçu doucement, avec une infinie "tendresse". Encore une fois, je me voyais agir de l'extérieur et je ne comprenais pas... Mais bordel, c'est quoi ce lien, là, qui s'est créé ??? Et pourquoi ??????? Et comment ??????

Il venait me voir, "pour rien" m'a t il dit... Juste revenir, comme parfois ça arrive, mais c'est très rare. Il avait besoin de parler... ça, c'est une certitude. Alors à satiété de ma nuit de sérénité, j'étais sereine, et nous avons donc parlé, longtemps parlé... Il m'a raconté leur vie, cet amour indéfectible, renforcé encore par la mort de leur fils de 16 ans. Et il m'a parlé de ce petit cimetière de campagne, dans lequel ses cendres reposaient, au dessus du cercueil de leur fils, en cendres, parce que l'un comme l'autre s'étaient faits la promesse de ne pas "pourir" au dessus du corps de leur enfant. C'est fort, c'était violent, je me suis remise à pleurer, avec lui, mais je ne luttais plus contre mes larmes.

Et il m'a dit :  mais je vous parle de ce village, vous ne devez pas le connaître. Et je lui ai répondu que si, bien sûr, je le connaissais puisque ma seule vraie copine restée du temps du lycée y avait vécu, enfant. Il m'a demandé son nom... et éberlué, m'a répondu que si son prénom était Nathalie, c'était la fille du cousin germain de sa femme... Et qu'il était à son mariage... et moi aussi j'étais à son mariage, bien sûr, même que MParfait conduisait la mariée dans une voiture ancienne. Alors j'ai rajouté que ma mère avait un cousin germain qui vivait dans ce petit village, et j'ai donné son nom. Et il m'a regardée avec des yeux encore plus écarquillés...
- René... le mari de Dédée, bien sûr... m'a t il répondu d'un ton lent, et monocorde...
- Oui, c'est ça...
- Dédée était la meilleure amie de Solange, elles étaient à l'école privée ensemble. Elles ne se sont jamais perdues de vue. Nous étions aux mariages de leurs deux enfants.
- Mais j'y étais aussi, bien sûr... mes deux cousins...
- Oh mais c'est incroyable la vie, quand même, avons-nous dû prononcer en même temps.

Le choc que ça nous a fait, à l'un et à l'autre... Et puis il a poursuivi. Mais vous savez, un jour, ma femme passait une mammographie à la clinique C. et la secrétaire lui a dit "oh ben j'ai le même nom que vous... vous êtes d'où ?"

Et là, je l'ai arrêté... J'ai souri, et je lui ai dit que la secrétaire en question était Marie, ma petite cousine... et que son grand père avait dit à ma mère, un jour, qu'ils avaient des cousins dans ce petit village... puisqu'elle même y avait aussi de la famille...

Nous nous sommes tus, sans doute aussi troublés l'un que l'autre par ces clins d'oeil du destin. Il a conclu combien il regrettait que nous ne nous soyons pas parlé de tout ça lorsque sa femme vivait encore, comme elle aurait été touchée par tout ça.

Alors en partant, nos yeux réjouis de tant de clins d'oeil du destin, il m'a embrassée, et m'a faite promettre de passer prendre un café chez lui, un après midi, avec la psychologue et la cadre de santé.

J'ai lu des trucs sur la psycho-généalogie. Ce concept m'a toujours interpellée... mais je crois avoir compris, à présent, pourquoi tant d'émotions m'avaient assaillie en ce mercredi matin. 

Une copine dit toujours que "le hasard n'est que la somme de nos ignorances".

Peut être n'a t elle pas totalement tort...